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thème EMI 04
Les réseaux sociaux
Objectif détaillé

Sensibiliser à une approche responsable des réseaux sociaux; comprendre leur place dans l'univers informationnel, sans minimiser les risques qui leurs sont associés dans la circulation de l'information et les effets d'opinions.

Public visé/niveau
Médiateurs en EMI/pour une cible adolescents-jeunes adultes
Auteur
Fabrice Boyer
Compétences mises en œuvre
  • Connaître et exercer ses droits (liberté d’expression et d’information), ses devoirs et ses responsabilités;
  • Comprendre et gérer ses relations sociales médiatisées ainsi que son identité numérique;
  • Savoir protéger son identité, ses données personnelles et sa vie privée dans un environnement numérique.

 

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Description

On ne peut que constater la place désormais centrale dans nos vies des réseaux sociaux, objets de répulsion comme de fascination. Comme la langue d’Ésope, ils permettent de garder le contact, de découvrir de nouveaux horizons et de nouvelles personnes, de se confronter aux autres, partager, produire, communiquer… mais aussi de rester dans l’entre-soi en favorisant les cercles et les opinions déjà partagés. Il n’est pas jusqu’au symbole emblématique du pouce levé ou tourné vers le bas qui, dans l’inconscient collectif, les assimile à une vaste arène antique abritant des spectacles très divers, allant de l’exposition de soi au combat féroce. Les hommes et femmes du XXIe siècle se résument-ils à leur contribution à la société du spectacle ?

L’économie de l’attention

Comme l’affirme le sociologue Gérald Bronner (entretien sur France Inter), « nous avons huit fois plus de disponibilité mentale qu’au début du XIXe siècle » et ce temps dégagé, nous le passons essentiellement sur des écrans. Par leurs contenus et leur ergonomie, les réseaux sociaux font tout pour retenir notre attention, afin que nous restions le plus longtemps connectés, prêts à consommer de la publicité (Voir Yves Citton) et … fournir nos données personnelles : nous scruterions désormais nos téléphones mobiles près de quatre heures par jour. Or, les médias traditionnels qui concentraient l’attention et fournissaient naguère les sujets de débat ont été déstabilisés par l’irruption de l’internet grand public, qui va de pair avec un usage individuel. Cette irruption a rapidement remodelé le panorama des idées, en mettant en place un « marché de l’attention » dérégulé et mondialisé, qui s’est emballé avec la naissance du web 2.0 et des réseaux sociaux. Par emballement, il faut entendre le fait que les réseaux sociaux se sont imposés comme les pivots de l’information : refuser d’en être, c’est risquer d’être invisible ; y participer, c’est risquer de concourir à la montée en puissance de l’insignifiance.

Si Internet met à la disposition de l’humanité une masse d’informations inouïe à même de faire de chacun et de chacune de nous des citoyens du monde éclairés, il faut bien avouer que l’étude des usages dément ce rêve humaniste. Les réseaux sociaux, de fait, favorisent les pièges informationnels (exploitation de contenus suscitant la peur ou le conflit, exposant la sexualité, flattant nos ego). Et des médias traditionnels peuvent tomber dans ce travers, par suivisme, comme le commente Martin Geoffroy, dans Le Devoir : « Si les médias d’information se retrouvent en compétition avec les réseaux sociaux, c’est aussi parce qu’ils ont adopté leur mode opérationnel en multipliant les commentaires dans la lutte pour l’attention. On se retrouve avec moins de reporters et plus de chroniqueurs. Le traitement de la nouvelle y est personnalisé comme sur les réseaux sociaux. »

Pour autant, il ne faut pas non plus idéaliser le passé : on assiste, en partie, à un simple report d’usage. Mais, de l’accélération algorithmique résulte un impact autrement plus important ; et cet effet technologique est renforcé par le caractère a posteriori du contrôle : les plateformes ont encore un statut d’hébergeur et non de diffuseur.

Quelques chiffres pour bien mesurer l’importance du phénomène

Nom du réseau social

Date de création

Nombre d’utilisateurs

Facebook

2004

2,27 milliards (2018)

YouTube (Google)

2005

1,9 milliard (2018)

WhatsApp (Facebook)

2009

1,5 milliard (2017)

Messenger (Facebook)

2011

1,3 milliard (2017)

Instagram (Facebook)

2010

1 milliard (2018)

TikTok (ByteDance)

2016

1 milliard (2020)

Linkedln (Microsoft)

2002

546 millions (2018)

Twitter

2006

313 millions (2017)

Snapchat (Snap)

2011

255 millions (2018)

Sources : Jérôme Colombain, 2019, hors TikTok (Wikipédia, 2021)

 

Les cinq dangers des réseaux sociaux

La massification des échanges a induit une horizontalité qui met à portée de post toute personne connectée.

Jérôme Colombain, journaliste spécialisé, dénombre cinq dangers à éviter sur les réseaux sociaux : la haine, les infox ou fake news, la cyber surveillance, la cybercriminalité et l’addiction.

  1. Dans ce contexte, la haine a rapidement crû, pour des motifs très divers (immaturité, raisons politiques, racisme…).
  • Tout internaute doit veiller au respect de la loi et à la perception claire du contexte.
  1. La rumeur a toujours existé : pourquoi les réseaux sociaux échapperaient-ils à la diffusion des fausses nouvelles (ou infox) ? Ils multiplient les émetteurs d’informations et permettent à des mouvements ou des chefs politiques populistes de construire sciemment une stratégie de communication promouvant les infox.
  • La vérification (de la source, de l’image...), et le fait de douter surtout quand on a envie d’y croire semblent la meilleure parade.
  1. A la question de savoir si l’on s’expose en fréquentant un réseau social, la réponse est oui. La donnée est le marché -lucratif- qui sous-tend le modèle économique des réseaux sociaux de masse. Le marché est extrêmement concentré : Facebook, Google, Twitter, Microsoft, sans surprise, occupent une position qui tient du monopole. Par données, il faut entendre les données d’identification et les données d’usages. (Voir l’intervention de Nikos Smyrnaios).
  • Se prémunir de mésaventures désagréables passe par le réglage des paramètres de confidentialité, la non-divulgation d’informations trop personnelles et le contrôle régulier sur Internet de ce qui peut être écrit à son sujet mais aussi par la maîtrise de ce que l’on poste : rester modéré, ne pas incriminer, etc.
  1. La cybercriminalité, pour sa part, connaît un essor sans précédent.
  • Il faut d’une part utiliser des mots de passe forts, ne jamais donner ses accès de compte, ne pas enregistrer les mots de passe sur son ordinateur, toujours fermer la session de travail en sortant, d’autre part éviter de répondre à toute invitation douteuse et contrôler sa webcam. Enfin, il faut avoir un antivirus adapté et ne pas laisser son compte social trop longtemps inactif.
  1. Pour ce qui est de l’addiction, elle est subreptice mais réelle chez quantité de personnes.

Le monde virtuel et le monde réel ne sont pas déconnectés

L’affirmation péremptoire qui consiste à opposer le monde réel et le monde virtuel, ne supporte pas l’analyse. On peut estimer l’impact de la perméabilité entre ces deux réalités à différents niveaux : au niveau de l’individu, au niveau socio-économique, au niveau politique.

  • Au niveau de l’individu, la majorité numérique coïncide en France avec la majorité sexuelle (15 ans).
  • Si l’on porte l’attention au niveau socio-économique, on peut dire que les réseaux sociaux sont devenus le lieu de la polémique, polémique qui a des répercussions sur l’image de l’entreprise ou de l’association mise en cause.
  • Enfin, la marche sur le Capitole de Washington de partisans extrémistes de Donald Trump le 6 janvier 2021 valide l’hypothèse selon laquelle les réseaux sociaux ont une répercussion directe sur la vie politique. Les débats qui ont suivi amènent à réfléchir sur la responsabilité et le statut des plateformes (voir plus haut).

Discussion

Le contexte éminemment dynamique des réseaux sociaux subvertit constamment le rôle des états et on peut penser que les GAFAM sont actuellement trop puissants. Le règlement général sur la protection des données est la première réelle tentative de l’Europe pour protéger les citoyens. Mais, elle paraît assez lourde pour les petites entreprises et assez indolore pour les grands groupes, dont le démantèlement –s’agissant des GAFAM- est régulièrement évoqué. Une autre piste proposée consisterait à lever l’anonymat sur Internet : cette piste risque de se heurter au camouflage technique d’identité possible offert par des serveurs. Certains proposent la construction d’une identité numérique, administrée par une autorité supranationale. Faut-il aller jusqu’à un permis à points ? Car, se passer des réseaux sociaux reviendrait aussi à fermer une fenêtre ouverte sur le monde, qui a joué un rôle non négligeable dans la sociabilité de milliards d’individus lors des confinements décrétés pour pandémie en 2020. En attendant, il y a lieu d’insister tout particulièrement sur la formation aux réseaux sociaux et à l’information.